« Personne ne détient le pouvoir »

« On peut se sentir « dépossédés » de l’éducation de nos enfants par les professionnels. » « La personne accompagnée sera d’autant plus heureuse si elle ressent une cohérence entre les professionnels et le milieu parental. »

Retrouvez l’entretien de Monsieur Martineau (photo), papa d’Anne (résidente de l’Habitat Regroupé-Etape Centre d’habitat) et membre du Conseil de la Vie sociale.

Entretien entre Monsieur Martineau (DM), parent d’une personne accompagnée) l’Habitat regroupé et membre du CVS, et Thierry Joutard (TJ), directeur de L’Etape Centre d’habitat

 

TJ : Monsieur Martineau, vous êtes le papa d’Anne, résidente à l’Habitat Regroupé et vous êtes aussi membre du Conseil de la vie sociale. Vous m’aviez dit un jour que vos relations avec l’association avaient évolué au fil du temps, pouvez-vous nous expliquer en quoi ?

DM : Anne est rentrée à l’ESAT Tournière en 2001. Avec sa maman, nous nous sommes posés plein de questions sur les différentes associations. Nous connaissions l’ADAPEI bien sûr mais pourquoi choisir telle ou telle association ? Depuis la naissance d’Anne, nous nous sommes toujours battus pour l’intégration, on dit maintenant plutôt l’inclusion. Les choses ont beaucoup évolué depuis ces dernières années. Avec Anne, il a fallu beaucoup se battre toutes ces années, depuis son parcours scolaire jusqu’à aujourd’hui.

Comme sa maman travaillait à l’ADAPEI, que l’on connaissait bien, on voulait découvrir un autre projet ce qui nous a permis de rencontrer L’Etape. Et comme Anne travaillait à l’ESAT Tournière, nous avons ensuite découvert les foyers de L’Etape avec leurs projets d’accompagnement des personnes.

TJ : Et vous me disiez qu’au début les choses n’ont pas été simples…

DM : Non en effet, ça n’a pas été simple car dans le monde de l’éducation spécialisée, c’est très difficile de se faire reconnaître en tant que parents et avoir une place de parents.

On peut se sentir « dépossédés » de l’éducation de nos enfants par les professionnels. Certains peuvent nous dire qu’ils ont le savoir que nous, les parents, nous n’avons pas. Et avec le savoir, il y a du pouvoir ! Et moi j’estime qu’il y a de la place pour tout le monde.

Mais ça a bien évolué mais il a fallu faire sa place. Bien sûr, vous connaissez nos enfants différemment mais nous aussi, on les connait. Et, il est important de ne pas nous renvoyer une certaine culpabilité par rapport à nos enfants handicapés. Un exemple d’argument bidon qu’on nous donne parfois : « Ah mais vous n’avez pas fait le deuil de votre enfant handicapé » ou des choses comme ça. Certes, ce n’est pas facile d’assumer un enfant handicapé mais quand même !

TJ : Et d’après vous, qu’est-ce qui a permis cette évolution plus favorable que vous décrivez ?

DM : Ce sont les échanges et notamment grâce à des institutions officielles comme le Conseil de la vie sociale. Nous avons pu rentrer dans les établissements et y laisser des « traces ». Mais il y a 20 ans, tout ça n’existait pas. Avant, notre avis ne comptait pas, on recevait le compte-rendu de la synthèse par courrier et puis voilà, d’accord ou pas d’accord, c’était pareil.

Maintenant la relation avec les professionnels est plus équilibrée. On peut trouver un terrain d’entente et échanger. Je pense que la personne handicapée a besoin de toutes les personnes qui gravitent autour d’elle. On ne peut pas du jour au lendemain occulter le rôle des parents. Nous, les parents, on est affectivement impliqués alors que les professionnels ont plus de détachement mais nos regards différents sont aussi importants.

TJ : Merci pour cet échange Monsieur Martineau. Quel serait le message que vous avez envie de faire passer avec cet article ?

DM : Il faut absolument communiquer, communiquer, c’est le mot qui me vient, l’importance de la relation. Il faut se parler. Personne ne détient le pouvoir, ni les parents, ni les professionnels, on voit juste la personne différemment. La personne accompagnée sera d’autant plus heureuse si elle ressent une cohérence entre les professionnels et le milieu parental.